NOTE D’INTENTION

Entrelacer sans cesse l’historique et le fantaisiste…

Un hommage au plus grand des Créateurs… Le théâtre dans le théâtre… Shakespeare : un mystère et une source d’inspiration inépuisable…
« Shakespeare, comme il Nous plaira » est avant tout un hommage au plus grand dramaturge de tous les temps et au théâtre élisabéthain, à sa pratique, sa force et à son authenticité. L’axe majeur est de revenir aux fondamentaux : à un théâtre induisant une réelle promiscuité avec le public. Car, dans l’arène ouverte de Shakespeare, avec les gens debout autour de la scène, tout semblait directement tiré de la vie. Quand Shakespeare écrit « Je tends un miroir…nous tendons un miroir à la nature », cela implique de refléter des êtres humains dans la vraie vie ; des acteurs face à leurs doutes, à leurs interrogations et à leur légitimité. Ici, ils doivent faire face à un metteur en scène britannique puriste, et aborder le texte en restant infiniment respectueux, sensible et ouvert. Surtout, il n’est pas question de rendre Shakespeare « moderne», ce terme est trop galvaudé dans les récentes mises en scène ; ni d’utiliser ses œuvres comme prétexte à une énième comédie sans fond. Ce goût pour le texte et ce désir de le rendre actuel sont renforcés si l’on vise une certaine authenticité. « Jouez Shakespeare dans un style naturaliste et c’est un massacre. Shakespeare est plus vrai que la vie, on ne peut que le jouer littéralement » (Jan Kott, Shakespeare notre contemporain) Paradoxalement, plus on veut le rendre moderne et plus on l’appauvrit. Il est plutôt question de le «re-contextualiser» : à l’époque, ses pièces se jouaient sur une scène quasi nue avec un minimum d’accessoires et tout tenait par le ciment des mots. Cette mise en abyme permet de s’interroger sur les rapports entre fiction et réalité, entre acteur et metteur en scène, sur le regard de l’acteur à l’auteur, de l’artiste au public. Le théâtre ici est non seulement le lieu de la représentation, des coulisses et des loges mais aussi le symbole où se cristallisent les angoisses, les envies et les doutes des comédiens s’attaquant à un monstre de la littérature britannique. Comme Shakespeare, il faut faire confiance à son public, voire lui demander de faire un effort. Ce n’est pas en jouant la facilité que l’on constitue pour le théâtre un public compétent. La forme du théâtre dans le théâtre (découvrir les coulisses et les aléas des comédiens) n’est ici qu’un prétexte pour emmener les spectateurs à s’interroger sur le théâtre de Shakespeare aujourd’hui et à sa place omniprésente dans notre société. De rendre compte de sa richesse, de sa diversité qui reste une éternelle source d’inspiration pour de nombreux artistes. Pourquoi Shakespeare séduit-il toujours autant ? Pourquoi ses pièces passionnent-elles le public depuis plus de 400 ans et restent indétrônables ?

Le pari est ici de démontrer que son œuvre s’adresse autant à des néophytes qu’à des initiés et qu’à des passionnés. Le spectacle est construit sur un juste équilibre entre le divertissement populaire -tel que le voulait Shakespeare- et une pièce à vocation d’instruction.

Cette pièce est non seulement prétexte à revivre des scènes cultes du répertoire shakespearien*, de les monter dans la tradition élisabéthaine (un théâtre physique, pas intellectualisé) mais surtout de débattre autour des questionnements, des doutes et du mystère qui entourent les œuvres et la vie du poète. Quelle interprétation peut-on donner à Hamlet ? Est-on légitime, en tant qu’acteur, français de surcroit, de s’attaquer à Shakespeare ? Pourquoi a-t-on refusé à Shakespeare la paternité de ses œuvres ? Pourquoi, à son époque, garde-t-on si peu de traces de sa vie et pourquoi aucun de ses écrits n’est remonté jusqu’à nous ? Des questions qui hantent les passionnés du Barde et qui peuvent parfois devenir source d’humour et véritable matrice théâtrale par leur absurdité…
Enfin, ici, ce n’est pas le fantôme du père d’Hamlet qui vient hanter l’esprit de son fils et qui appelle à la vengeance, mais le spectre du poète qui vient troubler l’esprit des acteurs et appelle à la justice. D’un regard amusé et d’un comportement décalé, il nous révèle la vérité sur son identité.
La scénographie : un clin d’œil au théâtre élisabéthain
Lorsque l’on joue Shakespeare, le plus difficile est de ne pas « compenser », de ne pas encombrer par des trouvailles, des idées, du décor. La scénographie vient renforcer l’hommage rendu au théâtre élisabéthain et à sa forme puriste : tout doit venir de l’acteur dont l’espace imaginaire doit être le plus grand possible.
On cherche coûte que coûte à éviter les mises en scène soi-disant « modernes » qui transposent l’écriture de Shakespeare dans un monde « contemporain ». Shakespeare continue à s’inscrire dans le présent par la force de son langage et il faut reconnaître le fossé qui existe entre la grossière modernisation d’un texte et la stupéfiante potentialité qu’il contient.
Ici, le décor tend à représenter l’intérieur d’un théâtre élisabéthain en bois, à la fois du point de vue du spectateur comme de celui des acteurs. Des galeries de chaque côté qui servent de loges, de balcon, de coulisses, un rideau de scène au centre qui s’ouvre et se ferme pour imaginer que l’on est tantôt du côté du public, tantôt du côté des coulisses par un effet de bascule du décor du fond de scène en avant-scène et laisse tour à tour apparaître le devant et le derrière, le vrai du faux.
L’outil de l’acteur shakespearien : son corps, sa voix, son énergie
Le jeu repose uniquement sur les capacités vocales et physiques des acteurs et sur la façon dont ils prennent l’espace : pas question d’intellectualiser et de perdre la force du langage qui se suffit à lui-même mais au contraire, de répondre à cette exigence par les moyens dont l’acteur dispose : son corps, sa voix, son envie de s’engager car le plateau devient le véritable partenaire de jeu comme sur le tréteau shakespearien car « Shakespeare n’écrit pas de littérature mais du langage en mouvement » (David Bobee, directeur du CDN de Haute-Normandie)
La mise en scène tend à revenir aux sources du théâtre shakespearien : les acteurs doivent s’immerger corps et âme dans cette « mise en scène élisabéthaine » avec un décor inspiré sur le modèle des théâtres de cette époque, des costumes Tudor, une gigue à danser en guise de prologue et d’épilogue, un plateau quasi nu où seuls quelques accessoires sont utilisés et le seul vrai outil de l’acteur est lui-même et la langue shakespearienne.

   Peter, metteur en scène anglais, a la volonté de      travailler avec 3 acteurs français pour monter Shakespeare « dans la tradition élisabéthaine », entre tradition et modernité, tel qu’il peut l’être de nos jours au théâtre du Globe à Londres (Le théâtre de Shakespeare, reconstruit en 1997). Les personnages du metteur en scène et de la costumière existent hors champ, dans l’imaginaire du public. Seuls les personnages des 3 acteurs sont physiquement présents sur le plateau, avec parfois, des interventions impromptues du régisseur…

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